Introduction- et Newsletter! by Souki Belghiti

Ce que vous trouverez sur ce blog?

Des bribes de textes, des photos de tournage, des bouts de poèmes pas forcément rimés, pas forcément finis, des coups de cœur et des coups de sang, comme un coin farfouille, un genre de grenier, une boîte à broll diraient les Belges. Bienvenue!

Les larmes de sable-un film d'Aziz Salmy by Souki Belghiti

Malgré le sable, la fatigue, il y a toujours beaucoup de poésie sur les tournages.

Ce qui est aussi pourquoi j'aime ça. Quelques photos de mon dernier tournage (en attendant le suivant)

La lutte vers les sommets....  

La lutte vers les sommets....

 

Avec Laroui, le groupman, aussi costaud que son camion

Avec Laroui, le groupman, aussi costaud que son camion

Chef-opérateur, solitude et hauteur ;)

Chef-opérateur, solitude et hauteur ;)

Les Nains- un film de Hicham Lasri by Souki Belghiti

Après ce making-off à l'i-phone : making-off littéraire si vous êtes intéressés:

Premier jour. On tourne au pied d’un pont plaisant esthétiquement qui a fait l’objet de nombreux repérages Dans le scénario, le Roi doit passer sous un pont qui sépare 2 villages rivaux, ce qui génère plein d’espoirs et des scènes hautes en couleur.

 L’ambiance est étrangement lente et puis j’entends les mots « On attend que le cortège royal passe ». Mais on ne tourne pas la scène de passage du cortège royal aujourd’hui ? De quoi parlent-ils ? Non, il s’agit d’un VRAI cortège Royal, la princesse ayant des activités sociales dans le secteur. Pour des raisons de sécurité, on doit arrêter de tourner.

Ré-organisation du plan de travail, repli vers le bidonville (autre décor) le lendemain et pour la semaine suivante. Les dates du tournage ayant été décalées, la production française, présente dès le premier jour se retrouve dans le si exotique, si authentique bidonville marocain. Avec l’assistant de prod, blond, comme il se doit, à marinière et grosses lunettes. Terre de contraste.La production marocaine cherche un autre pont. Deuxième pont pas très loin d’El Jadida. Salon du Cheval. Présence Royale. Chercher encore.

Le pauvre chef-opérateur, qui avait fait tellement de repérages et de calculs avec le soleil pour ce décor de pont (avec location d’une nacelle, d’un groupe électrogène et d’un gros projecteur (18kW HMI) finira par se voir proposer le dernier pont sur photos i-phone (« Il te va, celui-là ? Parce qu’on n’a que ça. ») Entre Kouribga et Berrechid. Une heure et demie de route matin et soir, en minibus…Le temps de se faire des amis.

Le 18kW jouera 2 fois et la nacelle (Louée pour tout le tournage, 400 Euros/jour) portera finalement la caméra (5 fois en tout)

Toujours dans le scénario, il y a un flic qui garde le pont. Un flic un peu trop vieux pour garder un pont comme un lapin de l’année. Sur le pont, il y a un vrai flic qui prend la relève quand le nôtre a fini de jouer. C’est assez troublant. Je repense à cette phrase d’un scénariste sur un tournage précédent: « C’est toujours méta-filmique, ma chère Souki » En effet.

Dans le minibus, il y a un damoiseau. Qui drague une demoiselle.  En gage de générosité, il apporte un kilo de beignets tous les matins pour tous les passagers. Un jour, elle apporte, elle, des viennoiseries. C’est beau, l’amour. Au bout de 2 semaines, elle se laisse embrasser. Et à mon grand regret, ç’en est fini des beignets. Je me dis qu’elle aurait pu le faire patienter un peu plus. Pour l’équipe, quoi.

Le pont est un pont typiquement marocain. Qui va de nulle part à nulle part.  Sans doute un projet de désenclavement. Il surplombe une autoroute et relie deux terrains agricoles.Assez large au milieu pour qu'une voiture passe, iln’a jamais fini d’être goudronné, et semble construit comme un pont pour piéton à une extrémité et un pont pour voiture à l’autre. On se demande tous un peu pourquoi ils ont construit ce pont. Le réalisateur dit que c’est sûrement pour qu’il puisse tourner son film.

Sur  l’autoroute de Kouribga que le pont surplombe, roulent à toute vitesse des voitures modernes. Juste à côté, les paysans travaillent leurs champs avec des ânes ou des mules attelés à leur charrue.  La vision depuis le pont est assez frappante. Un monde à 2 vitesses.

Sur ce pont, le magnifique cheval blanc avec lequel on tourne se voit dans le miroir d’une coiffeuse qui sert de décor. C’est la première fois de sa vie de cheval. Il croit avoir affaire à un autre étalon (« Je est un autre ») et piaffe impatiemment. Mais finalement se calme.

Quelques jours après, grand vent. Tous les miroirs se cassent.

On tourne essentiellement au steadicam. Outil avec lequel le vent est très problématique. Or, dès que le steadicamer prend son steadicam, le vent commence à souffler. Quand on répète, ou qu’on tourne sur trépied, pas de vent. Les éléments ne sont pas vraiment avec nous. Du coup le steadicamer utilise beaucoup son wind-killer (une toile en tissu qui absorbe un peu le vent). Le chef-machiniste trouve cette appellation prétentieuse. On ne peut pas TUER le vent. L’atténuer tout au plus. Donc quand le steadicamer demande le wind-killer, il dit qu’il apporte le wind-BREAKER.  Dans le métier, faut être précis.

Le steadicamer doit courir à reculons, en low-mode pour avoir le héros qui court aussi en contre-plongée (le rendant ainsi plus héroïque) puis laisser le héros le dépasser, faire pivoter la caméra, continuer à suivre le héros mais cette fois de dos avant de le laisser interagir avec une vingtaine de figurants et comédiens qui ont du dialogue, le tout en plan-séquence.

Comme d’habitude, il a le vent en pleine face, on n’est pas loin d’être en retard, et on n’a ni répété ni mis en place. Première prise : ça ne fonctionne pas. Ajustements, réglages. Deuxième prise, ça ne fonctionne pas non plus. Le réalisateur crie : « Mais c’est un plan facile, putain ! » Facile ? Finalement, il cadre lui-même, sur pied, juste la moitié du plan où le héros interagit avec les figurants. Et on finit la journée.

J’aime beaucoup le réalisateur, et je lui reproche amicalement sa mauvaise foi. Il me rétorque que si je cherche « bonne foi » sur wikipédia, je trouverai sa photo.

Quand je travaille, je porte une casquette. Toujours. Un jour, il fait tellement grand vent que je l’enlève, de peur qu’elle ne s’envole. Dans la journée, j’entends le réalisateur crier mon prénom. Je me dis qu’il doit y avoir un problème de matériel, qu’il ne doit plus avoir de retour vidéo. Je dis : Oui ? Il m’annonce, stupéfait et rigolard : « Mais tu as des cheveux ! Ca fait 3 films qu’on fait ensemble, je ne les avais jamais vu ». Ainsi, j’apprends des choses sur moi même…

Pour installer les loges la production a loué une ferme. Les villageois nous observent avec ébahissement, et peu à peu à leurs enfants s’ajoutent les enfants des fermes voisines pour venir nous observer. Le jeune homme qui s’occupe des back-ups (les copies de données) sympathise avec eux et leur achète du lait (persuadé que, puisqu’il vient directement de la vache, il est meilleur que le lait pasteurisé du supermarché..)

Plus tard, les villageois lui offrent une poule. La poule voyagera dans le coffre du minibus et manquera d’être écrasée par la caisse-caméra que le chef-opérateur voulait déposer dans le coffre.

Après le lait, la poule, on se demande un peu ce qui suivra pour le chargé des back-ups (Une chèvre ? Une vache ? Une fille en mariage ?)

Heureusement, on finit de tourner avant.

C’était un tournage rigolo.

Say "Moutchou!" by Souki Belghiti

Moutchou au festival l'Boulevard. (Thématiques classique, l'injustice sociale, la corruption des élites, des revendications matérialiste...(Quelque chose de tellement enfantin dans cette musique..."MAISMOI JE VEUX!!!! " Envie de tapoter la joue des rappeurs souvent...Mais ils extériorisent les frustrations de leur public, et ça c'est important)

En darija. (ça veut dire 4 mots d'arabe, 1 mot de français, 2 mots d'anglais) Devant la police et l'armée pour sécuriser le COC où le concert avait lieu. L'entrée est gratuite.

Mais surtout, ce qui me fait plaisir, c'est de voir ce festival où les têtes d'affiche sont des artistes marocains, avec un public marocain, des sponsors marocains, des techniciens marocains, et de qualité professionnelle. Les jeunes d'ici n'ont plus grand chose à envier à ceux d'Europe. Le problème, c'est qu'ils ne le savent pas...